Saint-Malo

Nous partirons à Saint-Malo

Poussière de toi,
Mon corps, je te promets,
Nous partirons vers Saint-Malo
Et nous verrons à Paramé
Les filles altières de nos vingt ans
Courant aux lèvres des marées.

Tels deux corsaires en ripaille,
Moi dans ma tête,
Toi à la traîne, un peu chancelants, un peu courbés,
Nous chanterons sur le rempart,
Nous gueulerons contre le vent de ce décembre qui menace,
Crapahutant malgré le froid, même à genoux, même en pleurant,
De la Cézembre jusqu’au Grand Bé,
Nous entendrons Chateaubriant,
Regard tourné vers la Louisiane,
Gémir encore pour Atala,
Quand viennent d’Ouest les orages
Et les senteurs du monde sauvage.

Ah, mon corps, vieux compagnon,
Bon chien rouillé de tant d’années
Qu’avons-nous fait de nos élans,
Qu’avons nous fait de nos passions,
De la chaleur de ces gorges
Qui nous donnaient tant à aimer ?

Je te le dis en confidence,
Comme la digue sur la mer
Aimer fut tout ce qu’au néant
Nous dérobâmes en complices.
Poussière de toi, je le promets,
Nous partirons à Saint-Malo.

« Hellian »

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